"Vends ta mère, putain", où plutôt, à l'origine, "sale your mother", mais le couple a choisi de traduire l'expression publicitaire de
seven-up en français, et c'est vrai que ça envoie du lourd – Avant que mon train ne prenne les rails, sur la poussière des vitres ils inscrivent ce slogan, je n'avais pas vraiment vu tout de
suite, c'est une Suédoise en face de moi qui m'a dit de tout lire, et ça m'a fait rire pendant un bon moment alors que nous descendions encore plus au sud de l'Europe, droit vers Copenhague. Si
cette blonde avait un joli sourire, je dois dire que je l'ai laissée avec l'homme à ses côtés ; en revanche, j'ai pris soin jusque Malmö de leur chien, un petit Jack Russel nommé Sony. C'est
vrai que j'ai toujours aimé les chiens, les chats, enfin, les inhumains, quoi, et depuis que quelques déjà, enfin..., j'aime les animaux.
Le sud de la Suède n'est franchement pas merveilleux ; c'est ce que j'ai pu constater au travers de mes yeux fermés
rêvant à dormir et recharger les batteries pour attraper quelques miettes de Copenhague - Non, il faut attendre la frontière maritime, avec l'Øresundsbron,ce pont survolant la surface de l'eau dans le détroit du Sund, entre Malmö et Copenhague, pour apercevoir la beauté d'une limite qui n'existe pas, après tout, ce n'est pas
demain qu'on détruira les murs de séparations terrestres, même en Europe, même en Europe et que penser d'ailleurs, même si Européen que je suis mon passeport m'est comme une carte de séjour
internationale, ce que d'autres, beaucoup d'autres, la majorité à vrai dire, n'ont pas.
Et pourtant, Copenhague est un vent d'espoir, un souffle d'air comme de l'art contemporain pieds sur rue – J'ai «visité» la ville pendant une heure car
il fallait enchainer vers Munich avec un train de nuit, mais quel souvenir je garde de cette visite si rapide – Il y a tout d'abord, cette impression que la gare est vraiment perdue, ce qui donne
un aspect d'une ville pas forcément attirante, et puis, quelque mètres plus loin, ce parc d'attractions familial où j'imagine un monde faussement parfait en famille, un couple parfait des enfants
parfaits et tout le tralalala, mais je continue, je passe sur de larges artères et déjà je suis envahi par la frénésie de cette ville, je vois les entrées de la vraie ville, je sens la folie
douce et belle de Copenhague – Mais voilà que je décide de retourner à la gare, de ne pas aller plus loin, de ne pas lier de contacts plus intimes avec cette ville, de peur d'en tomber amoureux
et de ne pas «pouvoir» rester plus longtemps – Néanmoins, je me dis que c'est là une excuse parfaite qui prêtera départ à un nouveau voyage dans quelque temps, au même titre que la Russie, au
même titre que la Russie, oui...même si la vérité, c'est qu'on ne sait jamais si ce qu'on a effleuré du doigt sera resté intact à notre retour, si et seulement si retour il y a, on ne sait jamais
vraiment.
J'embarque donc dans un train de la Deutsche Bahn et me voilà maintenant dans l'action de quitter la Scandinavie et je constate d'entrée le changement
de «standing» ; on passe des trains plutôt bien foutus des réseaux nordiques aux trains des années guerre froide sans même avertir le quidam, et ça c'est inacceptable ! - Et quand je parle
de la période guerre froide, ce n'est pas du vent puisque j'entends d'emblée une voie française, jeune pourtant, prononcer ces mots : «Je trouve ça hallucinant qu'on puisse monter dans un train
comme ça sans montrer ça carte d'identité» - Il y a de bonnes hallucinations, mon cher ! Le train s'en va et je dis adieu à la plus belle ville du parcours – Peut-être plus belle parce que je
n'ai pas voulu la connaitre, peut-être la connaitrais-je qu'elle ne détiendrait plus cette aura presque maléfique, mais je ne la connais pas, ce qui lui donne un avantage certain – Le train sur
son début de parcours survole la mer, et m'offre des paysages aquatiques rarement vus, avec le Soleil pour mettre un peu d'aventure ; le Soleil est toujours un gage d'aventure, même un soleil
froid, même un soleil gris, il suffit d'un rayon perçant l'orage pour se rappeler dans n'importe quel moment que la vie est avant tout une aventure qui se vit – Et puis je m'endors. J'ai vraiment
passé une sale nuit, moi qui ne parle pas un mot d'Allemand si ce n'est que je ne suis pas comme Kennedy un Berlinois et qu'ils n'ont pas de lessive, enfin, je suis incapable de comprendre cette
langue qu'ils inventent au fur et à mesure qu'ils parlent, et toutes ces gares avec ces noms que je ne connais toujours pas, ces arrêts de cinq minutes, ce type qui me réveil, et jamais le jour
ne se lève, jamais nous arrivons à Munich et ce n'est même pas fin septembre.

Munich, à part la fête de la bière, il y a le Deutsches Museum un des musées des plus visités d'Europe, et je suis tombé dans le piège – à cons. Il
faut voir ça, non, il ne faut pas voir ça, pardi, je vais dire la vérité rien de plus ; c'est un endroit, très grand, avec des centaines de vitrines, avec des maquettes à l'intérieur, et vas-y
qu'il faut lire des descriptifs toute la journée...D'un chiant ! Non, il ne faut pas s'attarder dans ce musée, car à elles seules les rues de la ville valent le simple coût d'être vues ; et des
églises des cathédrales des vieux bâtiments de la vieille pierre, il y en a à foison, tout autant que des voitures bourgeoises nationales. Je n'ai, du reste, pas rencontré d'Allemand, et c'est
très bien comme ça ; avoir écouté des centaines d'écoliers n'en avoir rien à faire du musée – avec raison – m'a largement suffi – Néanmoins s'il y a une chose à rajouter ici, c'est bien de dire
que durant ce long séjour norvégien, j'ai appris à aimer la langue de Goethe, je veux dire que j'aime ne pas comprendre quand deux ou trois-quatre Allemands parlent ensemble, c'est devenu presque
poétique, alors que c'était plutôt très rude au début ; comme quoi, on se fait à tout.
On se fait à tout, mais qu'est-ce que c'est bon d'entendre après tant d'absence un bon coup de tonnerre, et de se prendre sur la gueule un orage digne
de ce nom, différent du crachin pluvieux ou neigeux de Tromsø – Un bel orage surgit donc et je m'abrite sur ma route et je suis perdu pour trouver la gare, dans l'Université de Munich, je cause
le quart d'heure à attendre avec un jeune mec sympa, il se fume une clope et nous sommes donc trois, je sais que ce type est à cet instant mon meilleur ami et que nous sommes là sur la même
longueur d'onde – Son vélo me rappelle indubitablement mon junior extrême, le goût du risque, quoi, et puis la pluie cesse et nous retrouvons nos chemins – Mais je suis toujours perdu comme si je
devais rester du temps en plus, mais je ne veux pas, alors je demande à quelques passants et je trouve alors la gare, encore un train de la Deutsche Bahn mais un peu plus rempli cette fois ;
demain je serai en Italie.
Je rentre tout de suite en contact avec Peter, un Hollandais qui travaille sur les plates-formes pétrolières en mer du Nord – Il habite dans les
montagnes autrichiennes, 15 jours de boulot, 15 jours chez lui – Je l'imagine avec sa femme ses enfants, dans un chalet enneigé avec le bonheur comme hôte permanent – Il me propose une bière, que
je refuse par politesse et pourtant, quand j'apprends que c'est son entreprise qui paye après coup, je me mords les doigts, merde, j'aurais dû me faire plaisir, ah, ouh, vraiment, ne jamais
refuser ce qu'on te donne mon vieux, jamais, car il se peut qu'à force, on ne te donne plus jamais rien, alors apprends à recevoir, après tout ! Et puis Peter me dis qu'on va se faire contrôler
nos passeports tout ça (contrairement à mon trajet précédent), parce que ça ne ratte jamais, depuis qu'il s'est fait attraper il y a 15 ans pour quelques malheureux grammes d'herbe, il se fait
tout le temps contrôler, des fois que, on ne sait jamais – Et ça ne manque pas, paf, «papiere bitte» que j'entends et je comprends vite que j'ai intérêt à lui refiler mon passeport dans de brefs
délais, avant que ne se joue une scène d'action digne de l'inspecteur Derrick. Peter nous quitte et je suis là avec cet autre gars, un Italien qui lui, n'a pas la causette facile, il ne parle pas
bien anglais et que je ne parle pas italien, alors c'est un peu dur la communication. En pleine nuit, je rencontre un couple qui revient de Lettonie, belle lune de miel que le Volcan Islandais
Eyjafjöll a fait revenir en train, yeah, ça c'est du voyage de lune de miel, mais quelle idée, aussi, de se marier, enfin, ils sont en pleine galère et sont ruinés, car la vérité c'est qu'ils ont
du revenir pour le boulot, sale patron à la con, oui, merci Eyjafjöll pour avoir montré à monsieur Homme toute sa sale faiblesse.
Nous voilà à Bologne, il faut que je me réveil et que je me tire rapidement de ce train, oui, la gare de Bologne est plutôt sympa et c'est presque
l'été, je n'ai pas eu chaud comme ça depuis juillet dernier et la départementale 1083, et c'est dingue d'avoir subitement chaud – Il y a un train pour Rimini dans une demi-heure alors je ne fais
sort pas un doigt de pied hors de la gare. Je monte dans le train, et c'est encore autre chose que les trains allemands, c'est du rustre, mais suffisant, on ne va surtout pas se plaindre, parce
que Rimini est à porter, plus loin ma destination Pesaro, et revoir ma belle Madonna ; Madonna c'est une dingue d'amie, on s'est rencontré en juillet dernier alors qu'on suivait des cours de
norvégien à Oslo, on avait notre petite bande de fêtards et ça donnait à l'époque, la bonne époque, quoi... Rimini, terminus du train. Je me dirige vers les consignes pour bagages, mais je suis
en Italie et ses clichés, les consignes, qui sont «automatiques » ne fonctionnent pas – Alors simplement je décide de lâcher la visite de Rimini, tant pis pour Marco Pantani, tant pis pour
la chanson, tant pis, tant pis, et tant pis – Rapidement je rejoins Pesaro, où je dois attendre que la belle Madonne sorte du travail – Il est encore tôt dans la matinée, je compte donc visiter
par moi-même la ville, mais c'est sans compter sur ma première erreur dans ma marche vers la plage ; je trouve tout de même mon chemin, passe à côté d'un château qui est, en fait, une prison,
puis je trouve la plage avec une plage où se trouve la grosse tomate – Il y a des bancs, après une élection donc bancale je m'installe et je ne fais rien, je dors un peu, j'évite les gouttes – Un
religieux de tout poil m'arrête, me refile un de ses vieux magazines de témoin de Jéhovah en anglais ; une âme perdue, ouai, je dois vraiment avoir l'air d'un paumé pour qu'un type pareil essaye
de me racheter, et puis plus loin en me promenant, un autre gars s'arrête et tout de suite me dit «Jesus loves you man, believe in God !» ; ouai, je suis en Italie et on va me dire que c'est
historique.
Mon sac à dos et moi, on décide alors de visiter le centre ville – Même à cette époque, c'est rempli de touristes, avec une bonne grosse partie de
vieux retraités français tous en groupe de 40, ils doivent voyager en bus pour passer le temps, passer le temps, ouai, passer le temps, parce qu'ils ont les moyens de le passer, mais ne font pas
plus que de passer le temps, passer le temps... J'attends la Madonna en face du théâtre qui lui est beaucoup plus vieux que ces retraités, mais lui, sert à quelque chose malgré son âge, et ne
vient pas polluer la lueur de l'air en réclamant à la vie de les faire vivre – À ce moment-là j'ai une haine terrible pour tous ces vieux qui voyagent comme des poulets en batterie ; mais au
moins, ils essayent, et je ne leurs en veux pas parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font, leçon de Jésus, après tout, et je suis en Italie. Et ce matin l'Italie est belle, les vélos et les fiats
pandas portent gaiment le reflet des filles ; et moi, là, devant le téatro Rossini, j'attends la Madonna, la belle brune ; et je suis sale je respire ma propre saleté ; et je ne veux rien faire
que regarder et comprendre le monde.
Enfin la Madonna arrive ; gracieuse comme jamais, sortant de sa voiture italienne et c'est quand même une surprise de la voir ici, chez elle, chez elle
où elle ne peut en aucun cas ne pas être elle, bien qu'évidemment, je ne l'ai jamais suspecté de travestir aucune réalité, mais on sait bien que loin de chez «eux», les gens ne sont pas les mêmes
souvent. Admirable surprise de la voir elle avec toujours cette chevelure si brune et cette allure si italienne ; mais je ne connais rien véritablement de l'Italie, elle est l'Italie en elle-même
pour moi. Cinq minutes de route nous emmènent à Candelera dans l'arrière-pays des Marches – Je rencontre la maman de la Madonna qui a déjà préparé le repas : de succulents raviolis, faits maisons
et tout – Pendant que mes papilles se régalent je fais cependant une erreur de pratique sans précédent, ouai, je coupe mes raviolis et alors je vois le visage de la mama passer d'une extrême
hospitalité à une déception totale et toi le Français tu vas retourner rapidement dans ta Gaulle natale je rigole pas. Comme je capito assez rapidement que j'ai fait une connerie je calme le jeu
est raconte cette anecdote qui remonte à Oslo, je ne sais plus qu'elle autre boulette nous avions fait en faisant des spaghettis, mais la Madonna, franchissant la porte s'était emporté
terriblement «Ma la pasta, la mamamia la pastaaaaaa!!!», quel souvenir, ouai. C'est ensuite la visite de Candelara, la ville des bougies donc, nous rencontrons un oncle grand supporter du
cavaliere, je tombe sous le charme dégoutté d'un mur affichant toutes les prouesses de Silvio, sans déconner, vraiment, voilà qui de mon point de vue m'écoeure pas mal – Candelara a tout du
village de campagne qui fait rêver, c'est à cinq minutes de la ville et c'est en fait la campagne, et on y est bien, j'y suis bien.
On grimpe ensuite dans la véritable voiture de la Madonna, un vieux break qui a fait le tour de monde, du moins c'est à quoi il ressemble – Nous voilà
à marcher sur le port de Pesaro, nous avançons lentement sur cette espèce de jetée qui n'est en fait qu'un morceau d'une digue, nous escaladons des rochers, nous prenons notre temps, ce si joli
temps Adriatique. Puis elle m'emmène au centre-ville, me cherche un petit bar sympa et c'est au 075 que nous restons le temps de quelques verres de vin blanc ; c'est un endroit classique, de
belles images aux murs – Je comprends de suite qu'un serveur va être lourd, il la drague et puis elle me raconte qu'on aurait pas dû venir ici à cause de ce type, mais bon Dieu de dieu, c'est
bien les femmes, pour ne pas croiser quelqu'un, elles se jettent dans la gueule du loup histoire que ce soit clair, rien n'est clair pour moi, enfin, nous partons – On rejoint Julia, à vrai dire
la seule amie de la Madonna que je verrai durant ces trois jours, et il n'y a plus personne dans la rue seulement la nuit, après tout, c'est tout ce que nous méritons la nuit, la nuit et puis un
bouquet de fleurs une tulipe – Quoi de plus typique que la dégustation d'une bonne pizza – Elle me parle d'un garçon qu'elle a vu pendant deux semaines et qui ne veut plus la voir, oublie-le je
lui dis, il faut tout oublier, car rien de ce qui est laissé derrière n'existe encore – Sur la plage, il n'y a pas haut dans le ciel d'aurore boréale, et quelque part, oaui, c'est triste comme
atmosphère. Je suis là avec la Madonna sur cette plage d'une petite ville italienne de province perdue et je me rends soudainement compte que les gens dans les villes de province sont les plus
grands esclaves de ce monde, je ne sais pas, mais ce que je sais c'est que tout est réglé comme une horloge du lundi au vendredi avant d'avoir deux jours de liberté. Vient le chemin du retour où
la brune me pose cette édifiante question, «Maxence, why did you come to Pesaro...?» ; derrière cette question en forme de soupire heureux je sous-entends un arrière ton de romantisme mais
pourtant je ne suis pas venu pour une histoire d'amour, mais bien pour son amitié à elle, voir son pays voir sa famille ; voir sa vie. J'évite la question autant que se peut et puis c'est
probable que je me fasse des idées, c'est orgueilleux et ça fait toujours du bien.
Pour cette journée de jeudi, j'avais prévu de passé la matinée à Rimini ; il parait que c'est à ça que ressemble l'Italie quand elle est triste le soir
– C'était sans compter sur une incompréhension entre la compagnie italienne de train et moi-même, car le train n'est jamais venu et je suis sûr d'une chose c'est que je l'attendrais encore si
j'avais persisté sur ce quai de gare branlant (ouai, les quais de gares sont branlant dans ce pays, et ils ont l'allure d'un Far West spaghetti) – Bon vent contre la vapeur je marche donc sur la
plage, je prends un délicieux café dans un bar nommé «Roméo», ça ne s'invente pas un truc pareil, j'envoie une carte postale pour la prospérité matérielle quelque part, et puis je marche dans la
ville, encore et toujours. À sa sortie du travail la Madonna nous ramène chez elle pour une fois de plus déguster un majestueux repas, soupe de pattes et etc, c'est excellent vraiment...Puis elle
m'embarque une de fois de plus dans sa bagnole, cette fois direction Urbino, un village perdu en campagne qui en fait est le siège d'une Université de grande renommée, c'est historique – Nous
visitions le palais du Duc du coin, je sais que nous sommes les plus beaux parmi ces gens, mais nous ne sommes «pourtant pas», qu'est-ce que je perds qu'est que je gagne, question affreuse de
tous les jours d'une vie – Et puis il y a Saint-Sebastien sur tous les tableaux du château, il trouve toujours un coin pour être sur la photo et en plus il fait le fanfaron avec ses flèches
perfides lui traversant le corps là où c'est partout possible. En sortant de là il y a l'orage qui guette puis qui ne guette plus puisqu'il coule à vives eaux sur nous, le temps de courir – et
nous sommes terriblement beaux encore – jusque la voiture et au revoir ce village tant pis je reviendrai ou pas, tant pis la pluie.
Après un long débat ardu sur la prochaine étape de l'après-midi – Aller à Saint-Marin j'aurais bien aimé, être encore
ailleurs, si c'est pas ça de vivre – Nous filons sur Faro, côte Adriatique quand tu nous tiens, et l'autoradio danse, «talalala, tuluuulu, et là tu te dis que c'est fini, car pire que ça
ce serait la mort quand tu crois enfin que tu t'en sors quand y en a plus et ben y en a encore», je me dis que si j'entends ce truc en Italie, qu'est-ce que ça va être de retour au pays – Ah,
mais heureusement que le vent nous a très vite emporté vers d'autres désirs. Fano maintenant, sa plage, c'est plus calme et moins chargé d'hotels touristiques, s'en est presque joli – Nous voilà
nous promenant le long du large et la vue sur l'horizon est magnifique, le soleil couchant perçant les nuages menaçants venant droit sur nous tout en nous évitant ; nous marchons joliment, il y a
là des amoureux sur d'inévitables bancs publics, bancs publics, bancs publics – Nous faisons demi-tour et nous arrivons alors dans un bar au bout d'une digue, flambant neuf, atmosphère «hype» et
ce soir c'est soirée privée, mais la Madonna connaissant le maitre des lieux nous dégote une place en terrasse avec deux petits verres de bière à l'oeil, pour un moment délicieux avec vue sur la
Croatie si on l'imagine et on l'imagine, derrière les nuages noirs et le blason invisible de l'horizon.
Pour le repas du soir nous évitons la table familiale de Candelara, même si nous nous arrêtons pour nous mettre au sec car on ne peux éviter la pluie
éternellement – Au menu du restaurant choisi (c'est en fait là où elle travaille le week-end) par la Madonna, il y a du poisson du poisson et surtout du bon vin ; vin que nous buvons avec
enchantement et que je remercie, car j'apprends beaucoup de choses – D'abord sur sa vie à elle, pas forcément facile, la tricherie masculine de son ancien amant et c'était pourtant sur le chemin
d'en prendre pour toute la vie, puis plein d'autres trucs des vérités sous forme de ragots, la vie de la bande d'Oslo – Je ne savais rien de tout ça, et ça montre comment je suis si souvent à
l'Est, trop souvent, et j'ai bien peur que ça ne fasse de moi qu'un pauvre type égoïste, ne dramatisons pas, pourtant, non., non, non..Après avoir dit ciao à la bande de serveurs (il y a parmi
eux la meilleure amie de la copine de Valentino Rossi, pour dire) nous filons au coeur de la ville, nous marchons, nous parlons, c'est agréable – Elle insiste pour que je reste plus longtemps,
parce que la soirée de demain soir sera franchement classe, mais non, je dois partir demain après-midi, c'est comme ça, il faut en finir un jour et la route du retour est encore longue. Longue
mais terriblement belle, comme cette soirée passée avec cette Italienne ; je ne cesse pourtant de lui répéter que sa place n'est pas dans cette partie du monde, ouai, Pesaro n'est pas l'endroit
où elle doit vivre, elle vaut tellement mieux, il faut qu'elle parte dès que les finances le nerf de la guerre seront près à batailler encore, car ici, c'est le vide, oaui, le vide et ça raisonne
de bêtises, il faut qu'elle reprenne le large et qu'elle garde son anglais si parfais, si rock'n'roll, what the fuck are you doing here, fuck fuck fucking great that you are here in my
town...
Dernier jour en Italie. Je teste la circulation au matin avec la voiture de la Madonna, et la bande fm ne diffuse que de la mierda, la mierda ; je vais
voir un instant Rimini et il n'y a rien à voir qu'une côte bétonnée et des plages privées à gogo, encore heureux que je ne sois pas en pleine période estivale, j'évite la chair rouge ensoleillée
s'empiffrant de glaces italiennes. Viens les adieux, adieux étranges quelque part, car elle doit déposer des collaboratrices je ne sais où et il y a donc deux filles qui nous surveillent de la
voiture – Je ressens une immense gène pour la Madonna, elle aurait voulu que ces filles ne soient pas là, mais d'un autre coté ça empêche un au revoir à l'eau de rose et ça conserver toutes
espérances futures, s'il doit y en avoir, intactes – Merci, et pense à fuir de cette ville, arrache-toi encore, tu es faite pour ça ma belle.
La suite avant l'autre suite n'est pas bien importante ; la gare de Milan qui fait figure de béatitude au milieu de la mochitude de la ville ; un train
jusque Dijon (oh Dijon, Dijon-béton, la bourgone, et Auxerre en ligue des champions) rempli d'immigrés magrébins, ils ont le sourire et nous passons une agréable nuit et en sortant je rencontre
un couple de vieux ricains retraités fort sympathiques ; la descente jusque Nîmes, puis Alès. Je découvre que mon frère est presque plus grand que moi (mais il triche, ce jeune ado est à la
mode presque cheveux longs), que ma tendre mère est toujours belle, et que mon père ce héros est encore vêtu de bleu. Je suis temporairement de retour au port d'attache, c'est agréable par
habitude ; la semaine prochaine je pars à la rencontre de Don Quichotte.
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